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Interview de Sébastien Descamps de Zenika Bordeaux : Innover dans les services numériques : retours d’expérience d’un directeur R&D

Sébastien, vous avez un double rôle de directeur R&D/Innovation et d’ancien directeur technique chez Zenika Bordeaux : comment décririez-vous concrètement ce que signifie « innover dans les services numériques » dans votre quotidien, et en quoi l’écosystème Zenika (conseil, réalisation,...

29 mai 2026 9 min de lecture
Interview de Sébastien Descamps de Zenika Bordeaux : Innover dans les services numériques : retours d’expérience d’un directeur R&D

Sébastien, vous avez un double rôle de directeur R&D/Innovation et d’ancien directeur technique chez Zenika Bordeaux : comment décririez-vous concrètement ce que signifie « innover dans les services numériques » dans votre quotidien, et en quoi l’écosystème Zenika (conseil, réalisation, formation, open source) façonne votre façon d’innover ?

Pour bien comprendre ma façon d'aborder ce sujet commençons par "définir" ce qu'est l'innovation. L'innovation dans les services numériques ,et encore plus dans les sociétés de service, est, selon moi, un mélange de recherche, de persévérance et de "prémonition". Il ne suffit pas de trouver la nouveauté, le sujet qui n'a pas été exploité, il faut aussi que la solution qui va être développée soit plébiscitée, qu'il y ait une adhésion forte. Peut-on vraiment parler d'innovation si personne n'utilise votre solution ? C'est pour cela que la persévérance et la "prémonition" (pari sur l'avenir) sont des critères, des axes à ne pas négliger. Maintenant que cette clarification a été énoncée, mon activité au quotidien et le lien avec l'écosystème Zenika va être plus "évident". Mon activité quotidienne va reposer sur de la veille technologique et croiser ces connaissances avec celles des consultants qui sont sur le "terrain". Une autre partie de mon activité est d'essayer d'identifier et d'imaginer l'impact de tel ou tel projet interne ou externe sur l'activité des acteurs de l'IT. Le conseil, la réalisation et la formation permettent de rester "connectés" aux besoins du marchés. Enfin, l'open source, est un moyen de montrer un savoir faire et de concrétiser certaines idées pour faire avancer l'activité des communautés.

Vous pilotez des projets internes d’innovation ainsi que du pré-screening pour les agences nationales : pouvez-vous nous raconter un cas concret où une idée issue de la R&D Zenika est passée du POC interne à un service numérique utilisé chez un client, et les principaux obstacles que vous avez dû lever à chaque étape ?

L'exemple le plus marquant et le plus populaire chez Zenika est le projet Traefik porté par Emile Vauge. Traefik est un projet portant sur le développement d'un reverse proxy cloud-native qui a maintenant plus de 10 ans et qui rencontre toujours un grand succès. A l'époque, je n'étais pas responsable de la R&D. Un jeune développeur est parti d'une problématique simple "les load-balancers traditionnels ne comprenaient pas les infrastructures dynamiques des plateformes modernes". En partant de ce postulat, Emile a commencé a travaillé de son côté sur le développement d'une solution à ce problème. Il a pu avoir du temps dédié pour travailler sur son projet et finalement, après quelques temps, créé sa propre structure. Les principaux obstacles étaient principalement financiers. Croire en un projet est une chose, mais le soutenir et l'accompagner en est une autre. Je trouve que ce projet est une bonne illustration des "3 piliers de l'innovation" que sont, pour moi la recherche, la persévérance et la "prémonition".

Zenika intervient sur des systèmes complexes et scalables dans la finance, les télécoms ou l’énergie, secteurs que vous connaissez bien : quels sont, selon vous, les trois freins majeurs à l’innovation dans ces environnements très régulés et critiques, et comment un directeur R&D peut-il les transformer en leviers de différenciation ?

Effectivement, ces secteurs sont très actifs et sont souvent vus comme des secteurs où toute action interne peut-être complexe à mener, souvent dû à des process trop rigides. Dans le domaine de l'innovation, il faut savoir se détacher d'un maximum de contraintes afin de ne pas se limiter dans la partie exploration. Une fois que les idées et les projets se développent, on peut intégrer les contraintes. Dans les projets classiques, on aura tendance à faire l'inverse, prendre en compte les contraintes dès le début afin d'éviter les mauvaises surprises. Il existe de nombreux freins dans les projets liés à l'innovation. Le principale est évidemment financier. Le coût des projets sans garantis de résultats exploitables, la rentabilité demandée qui n'est pas toujours au rendez-vous, sont des points à suivre tout au long de la vie d'un projet de R&D. Un autre frein majeur est l'application des normes et de la réglementation d'un secteur qui peuvent complexifier voire rendre caduc un projet. Sans oublier les contraintes liées à l'accès aux données qui peuvent être très gênantes.

Vous pilotez également l’activité quantique du cabinet : comment intégrez-vous une technologie aussi émergente que le calcul quantique dans un portefeuille de services numériques très opérationnels (Java, DevOps, Big Data…), et quels critères utilisez-vous pour distinguer la vraie innovation des effets de mode ?

Le quantique est une passion qui me suit depuis longtemps, j'ai commencé à m'y intéresser en 2010 avec le magazine "dossier pour la science". C'est un domaine de la physique totalement contre intuitif, souvent mal interprété, qui pose beaucoup de questions. C'est un domaine en pleine effervescence parfait pour l'innovation. Le quantique ne se limite pas aux calculs, l'algorithmie et les effets physiques exploités (ions piégés, atomes froids, nanotube de carbonne, effet Josephson, ...) sont aussi des sous domaines à suivre de prêt. Cependant ce domaine reste le privilège de profils très pointus avec un marché très spécialisé. Il n'est pas envisageable, à court terme, de l'intégrer dans notre portefeuille de service. Mais ce n'est pas une raison pour le mettre de côté, bien au contraire, une fois que ce marché sera plus "avancé" il faudra être présent pour l'accompagner vers une utilisation plus grand public où, l'outillage et les applications plus "haut niveau" seront nécessaires. Concernant les effets de modes et la vraie innovation, ça dépend beaucoup de la fibre de chacun. Pour distinguer l'innovation, on peut commencer par des critères rationnels comme les verrous techniques ou les apports concrets de telle ou telle technologie par rapport à l'état de l'art du domaine, mais ce n'est pas suffisant. En effet, si l'adhésion du public ciblé ne suit pas ou ne perdure pas dans le temps, ça restera un effet de mode. Il faut un peu d'intuition, c'est ce que je qualifie de "prémonition" dans ma définition de l'innovation.

Zenika revendique une culture d’entreprise collaborative et est certifiée Great Place to Work : concrètement, comment cette culture se traduit-elle dans la manière dont vous faites émerger, sélectionnez puis industrialisez les idées innovantes issues des consultants, des formateurs ou des équipes projets ?

La communication. Elle est au centre de l'innovation et permet d'exploiter au mieux les talents de chacun. Ue idée énoncée clairement, comprise par tous et "ça démarre sur de bonnes bases". Chez Zenika, il y a beaucoup de profils différents que ce soit techniques ou organisationnels. On aime travailler ensemble, ce qui facilite le partage de veille technologique, l'émergence d'idée et le travaille d'équipe. D'ailleurs nous avons un rendez-vous mensuel où tout le monde peut exposer ses interrogations sur les sujets de son choix et c'est notre PDG qui anime et répond à toutes les questions, c'est le "How I met".

Avec l’entrée de Bpifrance au capital et une stratégie de croissance affirmée, comment anticipez-vous l’évolution de la R&D et de l’innovation chez Zenika dans les 5 prochaines années : quels types de services numériques nouveaux ou rupturistes vous semblent aujourd’hui les plus prometteurs pour vos clients ?

Des services orientés sur les technologies quantique bien évidemment :-) L'évolution de la R&D et de l'innovation dans les 5 prochaines années sont très incertaines. L'IA est un "game changer" qu'il faut évidemment adresser mais qui entraine de nombreux changements. Des changements organisationnels et sociétaux qui rendent les projections très difficiles à définir. De plus l'évolution des modèles d'IA et les annonces sur l'écosystème agentique sont très rapides, ce qui rajoute du flou quant à la détermination de solutions pérennes pour nos clients. Soyons pragmatique, il faut d'abord poser des bases saines et ensuite être prêt à suivre les nombreuses évolutions qui nous attendent. Pour cela nous nous positionnons avec notre forte expertise craft que ce soit dans le domaine du conseil ou de la réalisation, ce qui nous permet de mettre en place des bonnes pratiques dès le début des projets.

Pour conclure, quel conseil donneriez-vous à un·e ingénieur·e ou consultant·e qui souhaite devenir acteur de l’innovation dans les services numériques — que ce soit au sein d’un cabinet comme Zenika ou chez un client — et quelles erreurs lui recommanderiez-vous d’éviter absolument au début ?

La curiosité est une qualité indispensable. Il faut garder à l'esprit que l'innovation ne suit jamais un chemin tracé d'avance. Un projet peut commencer sur un concept et partir sur un autre quelques mois après. L'humilité est tout aussi essentielle pour quiconque évolue dans ce domaine, qu'il s'agisse d'un ingénieur-e ou d'un consultant-e. Elle favorise une bonne communication et crée les bases d'une collaboration agréable. Si je devais citer certaines "erreurs" que j'ai rencontrées, je dirais qu'il faut éviter de dire "oui" à tout, il faut savoir dire "non" en explicitant les raisons. C'est une compétence précieuse. C'est d'ailleurs ce type de compétences qui rend le travail d'équipe efficace et les projections budgétaires crédibles.

Pour en savoir plus : https://zenika.com